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«Tu fais peur à tout le monde». C’est ainsi que commence le roman de François Weyergans, qui raconte les ratés du romancier François Weyergraf qui n’arrive pas à pondre son roman Trois jours chez ma mère. Ce livre doit mettre en scène son double, François Graffenberg, un écrivain qui tente justement d’écrire un roman dans lequel le personnage principal, François Weyerstein, est en panne d’écriture… Ouf! Compliqué? Vengeance d’écrivain? Construit sur le modèle de la boîte dans la boîte, ce roman met en scène un fascinant trop-plein d’auteurs: «On croit toujours que c’est moi dans mes livres», avoue le personnage François Weyergraf. Que le vrai François W. ose donc se lever!
Écrivain à succès, François Weyergraf va mal. Au passage de la cinquantaine, il dresse un constat mi-amer de sa vie et de sa table de travail: cinq ans sans publier un seul mot, mais une foison de projets d’écriture en gestation.
Notre Weyergraf en panne d’écriture va donc «plutôt mal tout le temps, que j’écrive ou pas.» Il a en effet de la difficulté à digérer, mais ce n’est pas un problème d’estomac. Il n’arrive plus à digérer «le fort peu digeste monde actuel». Il parle d’échelles, «l’échelle de ralentissement, l’échelle de dépression, l’échelle de désespoir», et du «passage de la tristesse occasionnelle au découragement permanent.» Vient un jour où tous les romanciers raclent leurs fonds de tiroir. Chez Weyergraf, c’est un tiroir fourre-tout où les avis de saisie voisinent les états d’âme. Dérivant de souvenir en souvenir, il se cherche des poux et trouve son nombril!
Le grand art de la digression
Et justement, il semble bien que François Weyergans (l’auteur, le vrai) puise son encre dans l’auge de son nombril. Ce n’est pas un reproche. Roman sur la difficulté d’écrire, Trois jours chez ma mère est aussi l’ultime roman de l’errance autour de soi, de la confidence sans avoir l’air d’y toucher. Imaginez l’auteur et son personnage. passés maîtres dans l’art de la digression, ils esquivent, procrastinent, s’épivardent un peu, glissent sur une pente, font du coq à l’âne, s’attardent sur les serpents, s’attendrissent sur les amantes, dérapent sur la masturbation, et esquissent peu à peu le portrait de la mère, ce très beau personnage qui s’entrelace dans la trame du récit. C’est que Maman passe et repasse dans ce livre. Elle est la raison, la force, la pétulance de la vie, la drôlerie aussi. Ce roman est une courtepointe dont chaque carreau possède son propre motif, sa couleur, ses broderies. Le fil rassembleur, c’est la mère, que Weyergans/Weyergraf appellent «Maman», ce doux mot qu’on peut opposer au strict et froid «Mère». C’est au terme d’un séjour de trois jours chez sa mère (enfin!), alors que Maman est hospitalisée à la suite d’une grave chute, que Weyergraf pourra enfin terminer son roman.
Annoncé cinq ans d’avance et attendu avec impatience par la presse et les fans de Weyergans (qu’on a surnommé le grand procrastinateur des lettres françaises), Trois jours chez ma mère a valu au romancier le prix Goncourt 2005. Mérité? Vraisemblablement.
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