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Entrevue exclusive
Éric Lapointe, portrait d’un survivant
Canoë par Katheline Jean-Pierre, collaboration spéciale

J’avais perdu de vue Éric Lapointe depuis quelques mois. Je ne l’avais pas écouté à la radio. Ni même regardé à la télé. Mais, comme tout le monde, j’avais vu ses frasques à la une du Journal de Montréal. En entrevue avec le personnage, je ne m’attendais à rien, à part peut-être à rencontrer un chanteur méfiant envers les journalistes...

Pour me mettre dans l’ambiance, j’écoute l’album Coupable lancé en novembre 2004. Et vlan! la chanson Coupable me rentre dedans. Le rockeur se donne. Un Stéphane Dufour qui crache ses cordes vocales dans les harmonies. Un hit rock sale des temps modernes. Des riffs de guitare rauques. Une chanson qu’on écouterait l’hiver, une bonne bière «frette» à la main, en pleine tempête de neige à Chicoutimi. Une chanson de survivant. Oui, le rockeur francophone numéro un au Québec a encore quelque chose à prouver. À justifier. Une ode à la survie envers et contre tous.

Le directeur de la tournée 2006 Coupable prépare le terrain et nous fait pénétrer dans la tanière de celui qui laisse volontairement entrer les vautours. Comme s’il voulait s’assurer que son poulain est entre bonnes mains.

On sort l’artillerie lourde
Il est 4 h 30 de l’après-midi. C’est le petit matin pour Éric Lapointe. Un espresso-sambucca à la main, relax, il s’approche de la table, pensant venir me parler de sa tournée, qu’il poursuit à travers le Québec avec «sa gang de chums». Mais ce n’est ni de Garou, ni de Stefie Shock, ni de Patrick Huard, ni même de Paul Piché qu’il me parle. Devant lui, deux femmes, sexy en plus: l’une tient le micro, l’autre est derrière la caméra. Cela suffit pour le désamorcer. Et c’est sur un ton intimiste qu’il se confie.

Lorsqu’on écoute attentivement la chanson Coupable, on a l’impression que le rockeur se justifie. Mais de quoi au juste?

Cliquez sur les liens afin de visionner les extraits vidéos filmés lors de l'entrevue avec Éric Lapointe
«Coupable, c’est le récit d’une ancienne vie. Je suis coupable d’aimer les femmes. Coupable de tous mes excès. Les femmes sont le moteur de ma création. Elles me font vivre le plus d’émotions. Je n’ai pas toujours été un conjoint modèle. J’ai développé une certaine forme de culpabilité. Et ce n’est plus un secret pour personne, je suis un homme des tavernes.»

On comprend alors son affection toute particulière pour les barmaids dans sa chanson La bartendresse écrite par Jamil.

«Le texte me rejoignait et ça peignait un beau portrait de ces femmes. J’aime l’atmosphère des bars et je tenais à leur rendre hommage. Ces femmes jonglent avec plusieurs obligations à la fois. Parfois elles vont aussi à l’université.» On ne peut s’empêcher de songer à la propre relation d’Éric Lapointe avec une certaine bartendresse qui est retournée sur les bancs de l’université.

«J’veux exprimer la femme en moi...»
Éric Lapointe est loin d’être un ange. Mais il veut changer l’image de macho qui lui colle à la peau. Pour son prochain disque, le chanteur projette de chanter les femmes.

«Mon prochain album sera prêt quand il sera prêt... Je me donne le droit de prendre mon temps cette fois-ci. J’ai pour projet de faire un album Lapointe chante les femmes. J’ai approché des auteures, des poétesses, des parolières, des politiciennes et des journalistes pour avoir l’opinion des femmes et recueillir leurs textes. Je veux détruire l’aura macho qui m’entoure. Euh... J’prendrais bien une bière pour exprimer la femme en moi!», lance-t-il à la blague.


Deux bières plus tard, il est touchant de l’entendre parler de son petit frère Hugo. Le chanteur avait «promis» à sa mère qu’il collaborerait à l’album de son frère.

«J’ai adoré être en contact avec la drive d’un gars qui en est à son premier album et qui a faim. Ç’a allumé la mèche pour sortir Coupable. J’ai plus la chienne quand mon petit frère va sur scène que pour mes propres shows. Mais ça ne s’explique pas, c’est mon petit frère!», ajoute-t-il, ému.

L’auteur-compositeur-interprète admet n’être pas pressé de rejoindre ses deux frères dans le club des papas: «J’les laisse lutter contre la dénatalité!»

Mais quel vent pousse ce rockeur qui a vendu au-delà du million d’albums? Le chanteur se sent-il poussé par le même vent qu’il y a douze ans?

«J’ai vieilli, j’ai pris de l’expérience et du métier. Mon public a changé avec moi... En 1994, il était majoritairement composé de jeunes de 15 à 25 ans. Aujourd’hui, ils ont douze ans de plus! Même chose pour mon band. Au début, ils étaient 15 célibataires sur la route, maintenant ils sont 15 pères de famille. Disons que c’est plus tranquille dans la loge après les shows qu’à l’époque. C’est une évolution normale!»

Ses rêves aussi ont évolué. Éric Lapointe interprétera L’exil de Serge Fiori sur une compilation d’artistes qui s’intitulera Serge Fiori, un musicien parmi tant d’autres. Un auteur-compositeur ayant «bercé son adolescence», dit-il. Le chanteur rêve aussi de voir ses chansons «revisitées» par un orchestre symphonique. Un rêve grandiose. Un fantasme même.

«Si t’aimes un band, encourage-le!»
Ce survivant ne cache pas son indignation contre le téléchargement illégal de musique.

«À long terme, ça peut tuer les indépendants parce que ça coûte cher de faire des disques et des clips. C’est souvent les artistes qui en ont le plus besoin qui se font le plus copier. À cause de l’âge de mon public, je peux considérer que j’ai un noyau solide. Mais ce n’est pas le cas pour tous les bands. Si t’aimes un band, encourage-le! Il y a même des gens qui ont essayé de me faire signer des copies illégales de disques auxquels j’ai collaboré pour des œuvres de charité! C’est une question de conscientisation!»

Véhiculer de l’émotion
À l’avenir, le chanteur espère continuer à faire de la musique comme il le fait et avoir les moyens de «motiver» ses troupes. C’est parce qu’il est un fan lui-même qu’il a repris tant de chansons. Ce qui donne du sens à sa fructueuse carrière?

«C’est de voir mon public, les yeux fermés, qui chante avec moi comme s’il était sur le stage.»
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