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Tête-à-tête / Maude Sabourin
De Terrebonne à Monte-Carlo
Marie-Joëlle Parent
Le Journal de Montréal

Jeune danseuse de ballet

Engagée par la prestigieuse compagnie de danse de Monaco à 18 ans

Danser pour la princesse Caroline de Monaco, ce n'est pas un rêve de petite fille, mais la réalité pour Maude Sabourin, 18 ans, originaire de Terrebonne. Elle vient tout juste d'être engagée comme plus jeune danseuse des Ballets de Monte-Carlo, une des plus grandes compagnies de danse d'Europe.

Q. Comment passe-t-on de l'École nationale de ballet contemporain de Montréal aux Ballets de Monte-Carlo ?

R. Cet hiver, je suis allée visiter un ami qui danse pour cette compagnie à Monaco. Tant qu'à être là, j'ai décidé de suivre un atelier des Ballets de Monte-Carlo, un genre de stage d'observation. On m'a tout de suite demandé de travailler à même le répertoire de la compagnie. Le tout s'est transformé en audition improvisée, les maîtres de ballet se sont mis à m'observer pendant deux jours.

Q. Une audition qui devait être stressante ?

R. Oui, c'est très impressionnant comme milieu. Les maîtres de ballets sont des gens qui paraissent froids au premier contact. Je ne pensais pas être là pour une audition. À la fin, ils m'ont demandé, à ma grande surprise, si j'étais libre.

Q. Qu'avez-vous pensé à ce moment précis ?

R. Tout s'est chamboulé dans ma tête. Il y a des danseuses qui vont attendre une telle chance toute leur vie, en vain. Moi, je me suis présentée à tout hasard, c'était ma première audition, et voilà qu'on m'offre de me joindre à la compagnie !

Q. Qui appelle-t-on en premier quand on apprend une telle nouvelle ?

R. J'ai tout de suite pensé à appeler le directeur artistique de mon école à Montréal, Didier Chirpaz, pour qu'il me guide. C'est un ancien danseur qui a une grande connaissance du métier. Comme je n'ai pas terminé mes études collégiales, j'étais dans le doute.

Q. Quelle est la différence entre danser pour une école et danser pour une compagnie ?

R. En dansant pour les Ballets de Monte-Carlo, je suis engagée comme professionnelle. J'étais aux études et voilà que je vais en faire mon métier. Je vais pouvoir vivre de mon art à 18 ans.

Q. Le salaire est-il à l'image de la prospérité financière de Monaco ?

R. Disons que danser le ballet paie beaucoup plus en Europe qu'au Canada. Les Ballets de Monte-Carlo sont subventionnés par la principauté, dont Caroline de Monaco. Les arts sont beaucoup plus reconnus et subventionnés là-bas. Mettons que je vais être autonome. Je n'aurai aucun problème d'argent. Quand on voyage, on a aussi des allocations ; les frais d'hôtel et de restaurant sont pris en charge et on a même des cachets quand on danse à l'extérieur.

Q. Vous semblez constater que la danse est à un autre niveau, là-bas ?




R. Les gens en Europe ont une vision bien différente de l'art. Être danseur de ballet là-bas, c'est quelque chose de très prestigieux. On les admire et les félicite à la fin des spectacles.

Q. Pensez-vous signer des autographes bientôt ?

R. Je ne sais pas si je vais en signer, mais j'aimerais ça, par exemple !

Q. Qu'est-ce qui vous attend à Monaco ?

R. Quarante-deux heures de pratique par semaine ! La compagnie est toujours en spectacle à Tokyo, en Espagne et en Allemagne, notamment. Les Ballets se produisent au Forum Grimaldi à Monaco quatre mois par année. Je vais donc danser devant la principauté. On raconte qu'à chaque soirée de première, la princesse est là. Une réception grandiose suit.

Q. Et les locaux de la compagnie sont-ils princiers ?

R. C'est magnifique ! Les salles de pratique sont modernes, il y a un jacuzzi, un sauna et une terrasse sur le toit.

Q. Quel est l'engagement pris avec les Ballets de Monte-Carlo ?

R. J'ai signé un contrat renouvelable d'un an qui débute en septembre. La première année sera déterminante, je vais devoir montrer ce dont je suis capable. Mais je ne doute pas de mes capacités, je fonce, c'est tout. S'ils m'ont choisie, ma job, c'est de foncer.

Q. Et pour le reste de l'été, quelle sera votre routine préparatoire ?

R. Je m'entraîne tous les matins de 9 h à 10 h 30 et j'ai des cours de 14 h à 19 h à l'École nationale de ballet contemporain de Montréal. J'ai aussi une nutritionniste qui m'a fait un plan que je suis rigoureusement : une diète sans féculents, mais beaucoup de protéines.

Q. La pression pour garder la ligne est-elle facile à gérer ?

R. On est comme tout le monde, on se paie quand même des gâteries, mais c'est sûr que je dois suivre un régime. Les filles là-bas sont très minces.

Q. D'où est venue cette passion pour le ballet ?

R. De mes parents. C'étaient des danseurs de compétition en danse sociale. Ils sont mon plus grand soutien. Ils n'ont pas manqué un spectacle ni une compétition depuis mes débuts, à l'âge de trois ans.

Q. Et quelle serait le summum de votre carrière ?

R. Devenir danseuse étoile d'une compagnie en Europe, comme Sylvie Guillem, grande danseuse de l'Opéra de Paris.

Q. Et le plus grand sacrifice, quand on décide de consacrer sa vie à la danse de haut niveau ?

R. Le mot sacrifice, je n'aime pas ça. C'est plutôt un choix de vie. C'est tellement une belle vie. Quand je suis sur scène et que les gens applaudissent, c'est la plus grande récompense du monde.


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