Loin de se prendre pour une star...
Depuis ses rôles de Fanny dans Minuit, le soir et de Caro dans 3 X rien, Julie Perreault est soudainement célèbre, mais elle est loin de se prendre pour une star. Tout ce qu'elle espère, c'est préserver sa «matière première» de comédienne, c'est-à-dire sa vie privée.
Q: Tu es très connue, mais question de devenir une star...
R: J'ai une profonde peur que ma personnalité passe avant mon talent. Je ne fais pas ce métier pour être une star, mais pour travailler, et je ne veux pas être partout à la fois. Je veux juste jouer.
J'admire ceux qui font des shows de variétés, mais je préfère préserver ma vie privée, ce que je suis, ma matière première. Si je m'expose, je pense que je vais perdre tout ça et c'est ce que j'ai de plus précieux pour travailler.
Q: Comment apprivoises-tu ta célébrité soudaine?
R: Je vis bien avec ça. Quand tu es plus populaire, les gens connaissent ton travail et tu n'es plus forcé de décrire ce que tu fais. La popularité permet de sauter cette étape quand les gens viennent vers toi. C'est plus relax et plus naturel. Avec la popularité, je sens aussi que j'ai pris ma place.
Q: Quelles activités t'occupent quand tu n'es pas au travail?
R: Entre le travail et la famille, il y a peu de temps libres. J'ai une super-bonne amie avec qui je vais au resto à l'occasion. Je consacre beaucoup de temps à mon fils, qui a quatre ans et demi, et à mon chum.
J'aime les voyages, je pars bientôt pour les Rocheuses avec mon fils pour visiter mes parents. Mon père est ingénieur contractuel et il est basé à Calgary pour un an.
Q: Tu sembles avoir un casting large, une tête passe-partout, est-ce vrai?
R: J'en suis la première étonnée. Quand j'ai décroché le rôle de la proprio de bar de Minuit, le soir, les gens pensaient que je n'y arriverais pas. Je joue actuellement le rôle d'une policière dans le film réalisé par Patrick Huard, Trois P'tits Cochons. Avec mes 5 pi 3 po - bien droite ! - dans mon costume de police trop grand, ça avait l'air d'un mauvais sketch. Il a fallu raccourcir les manches. Mais la vérité de ma police vient de l'intérieur et... je me crois suffisamment (elle plaisante) pour que les gens autour de moi se sentent en sécurité!
Q: As-tu le sentiment que des séries lourdes comme Minuit, le soir sont en péril, faute de financement?
R: Quand je jouais dans 3 X rien, ça coûtait 160 ou 170 000$ seulement par épisode et je trouvais ça bon. Peu d'argent, ça développe la créativité et l'instinct. Tout le monde roule au top. Mais à ce rythme-là, tu t'épuises. Tu n'as pas le temps de travailler, d'approfondir, et je crains qu'avec cette façon de faire toutes les séries finissent par se ressembler. Le réalisateur Podz (Minuit, le soir, 3 X rien) est très créatif, mais avec ce beat-là, on va l'épuiser. Il ne faut pas oublier qu'on peut aussi créer de bonnes affaires dans le calme et la détente.
Q: Est-ce que selon toi on peut quand même faire de la bonne télé à peu de frais?
R: Oui, c'est possible, mais au prix de quels efforts? Quand on a couru toute la journée sur un plateau, qu'on a tourné 14 scènes dans la journée, il peut arriver qu'on botch quelque chose.
On réalise des choses bien, mais on coupe nécessairement ailleurs.
Q: Quel serait le rôle de ta vie, celui que tu espères jouer?
R: Je n'espère qu'une chose, ne pas me répéter, ne pas jouer les mêmes types de rôles. J'aimerais jouer une désaxée, une «niaiseuse» ou une freak. Jouer les filles naturelles, ce n'est pas facile. J'aime ce travail, me sentir en déséquilibre, en zone d'inconfort pour me confronter à mes personnages, qui sont parfois tellement loin de moi, mais auxquels je crois, des personnages que j'arrive à comprendre.
Q: À quel de tes personnages ressembles-tu le plus?
R: Jouer la blonde de Louis dans 3 X rien, c'était tellement naturel même si elle ne me ressemble pas tant que ça. Moi, je ne suis pas en éternel combat avec mon chum. Fanny, dans Minuit, le soir, ne me ressemble pas, mais elle a un peu de moi pour ce qui est de sa foi, de son combat et de sa force intérieure.
Q: Est-ce que tu reçois beaucoup d'offres pour des rôles?
R: Non, pas beaucoup. Mais je passe beaucoup d'auditions, un processus très utile que je n'aimais pas avant et que je comprends maintenant. Pour le rôle de la policière dans le film de Patrick Huard - un réalisateur extrêmement sensible, délicat, que tout le monde aime et avec qui tout le monde est en confiance -, l'audition m'a permis de m'imaginer dans le rôle, d'en discuter et d'y croire. Je suis très fière qu'il m'ait choisi.
Q: Aimerais-tu devenir animatrice?
R: Pas du tout. On m'a récemment donné carte blanche à ARTV et j'ai enregistré une émission à titre d'animatrice où j'interviewais Anne Dorval, Rober Lepage et plusieurs autres. Quand je suis rentrée à la maison, j'étais fière de moi, mais ce n'est jamais le même thrill que de jouer. Jouer apporte la plus grande satisfaction qu'on puisse avoir.
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