Da Vinci décodé
Le secret sera enfin révélé
Daniel Rioux Journal de Montréal
C’est dans le secret le plus absolu, un peu à l’image de celui que l’Opus Dei entend préserver à tout prix dans le roman de Dan Brown, qu’a été tourné le thriller historique Da Vinci Code.
À quelques jours du lancement du film le plus attendu de l’année, le mystère reste entier, et ce, malgré le fait qu’aucun roman n’ait joui d’autant de publicité et d’attention ni suscité une telle polémique.
Tant le réalisateur Ron Howard que la vedette principale, Tom Hanks, se sont abstenus de faire de grandes déclarations publiques autour du tournage, et tous les autres acteurs, de même que les membres de l’équipe de production, ont honoré une promesse écrite de confidentialité.
Fait sans précédent, aucun journaliste n’a été admis sur les lieux de tournage et des noms de code avaient été donnés aux sites retenus par la production pour éviter d’en désigner l’endroit précis.
Et une fois le tournage complété et rendus à l’étape du montage, Ron Howard et ses adjoints se sont réfugiés dans une salle obscure située à l’écart du va-et-vient quotidien des vastes studios de Sony Pictures, à Los Angeles. À peine quelques-uns des milliers d’employés du studio savaient que c’était derrière une porte indiquant Dental Records (Fiches dentaires) que s’assemblait le casse-tête de Da Vinci Code.
Effet de surprise
Enfin, pour bien s’assurer que le mystère persisterait jusqu’à la sortie du film, il a été décidé que son lancement ne serait pas précédé de la traditionnelle séance d’entrevues pour la presse nord-américaine et internationale –les fameux junkets– que les studios organisent immanquablement pour la promotion de leurs films.
L’effet de surprise sera total même pour les quarante millions de personnes qui ont acheté le roman de Dan Brown et pour les millions d’autres qui savent déjà le cœur de l’intrigue et son dénouement.
Le secret engendre la rumeur et, plus tôt cet hiver, le bruit avait couru que l’adaptation cinématographique adoucirait les éléments les plus controversés contenus dans le roman. Ron Howard a vite remis les pendules à l’heure. «On n’étouffera pas l’intrigue parce qu’il serait ridicule d’aborder un tel sujet pour ensuite lui enlever son mordant. Nous avons fait le film parce que nous avons aimé le livre.»
Il y aura du nouveau
Il va de soi que le scénario ne reprend pas le verbatim du roman. En temps réel, le récit de l’auteur aurait une durée de 20 heures au cinéma et Howard a rendu un film de moins de trois heures. «Plusieurs passages ont été omis, mais je crois que les gens seront estomaqués et quitteront le cinéma avec la conviction d’avoir vu le roman», affirme le réalisateur.
Dan Brown a collaboré de près au tournage. Dans les notes de production du film que Le Journal de Montréal a pu obtenir en insistant auprès du studio, Ron Howard indique que Brown a joué un rôle de premier plan. «Il nous a aidés dans l’interprétation de choses importantes qu’il avait apprises ou lues pendant la rédaction de son livre. Il nous a aussi communiqué des éléments qu’il a découverts après l’avoir écrit. On les a ajoutés au scénario, c’est du nouveau par rapport au récit original. On peut dire que d’une certaine manière, le film constitue une version actualisée et annotée du roman.»
Un film de fiction
L’adaptation cinématographique soutient la thèse si controversée avancée par Brown, à savoir que Jésus aurait épousé Marie Madeleine, qu’elle lui aurait donné un enfant et que sa descendance se perpétuerait encore aujourd’hui en Europe. L’auteur accréditait cette thèse en précisant au début du roman que «toutes les descriptions de peintures, de monuments, de documents et de rituels secrets sont véridiques».
C’est ici que les producteurs et le réalisateur Ron Howard se distancient de l’auteur. «Ces mots n’apparaissent pas en ouverture du film, précise Howard. Soyons clairs: c’est un film de fiction!» Cela dit, c’est le seul os à gruger qu’il lance aux gens dont la colère ne démord pas face à ce qu’ils considèrent comme un sacrilège.
Tapis rouge à Cannes
La polémique va certainement s’amplifier avec la sortie tous azimuts de Da Vinci Code, dont la première mondiale aura lieu le 19 mai à Cannes, à l’occasion de la soirée inaugurale du 59e festival du film.
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