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Festivals de cinéma
Comment Toronto a battu Montréal
Brigitte Mccann
Le Journal de Montréal


©PC
Piers Handling et Serge Losique 
Après trois décennies de compétition, Toronto a effacé Montréal de la mappe. Ce n'est pas compliqué: son festival de films réunit désormais tous les joueurs importants, selon Piers Handling, président du Toronto International Film Festival (TIFF).

«Nous attirons maintenant tous les journalistes clés au niveau international», indique Piers Handling, l'homme à la barre du TIFF depuis plus de 10 ans.

Durant son mandat, le TIFF est devenu rien de moins que LE «grand rendez-vous du cinéma au Canada» selon Le Monde, et le lancement officiel de la saison des Oscars selon le critique Roger Ebert.

Aujourd'hui, la grande majorité des décideurs et vedettes du cinéma ne se présentent plus à Montréal, mais vont à Toronto. Le fait est irréversible, selon le producteur québécois Roger Frappier. «L'industrie était à Montréal; elle n'y est plus et n'y retournera jamais», a-t-il déjà déclaré.

Site officiel du FFM

Site officiel du TIFF

«Le TIFF est une plate-forme des plus importantes pour positionner un film en Amérique du Nord», a affirmé Piers Handling, lors d'une entrevue exclusive avec le Journal.

Toronto vs le monde
Diplomate, le président refuse de dire si Montréal est encore perçu comme un joueur majeur aux yeux du milieu torontois. Son silence est toutefois éloquent.

«Je ne veux pas commenter là-dessus [...] Il ne s'agit que de mon opinion, que j'aime mieux ne pas partager.»

Son point de vue n'en est pas moins clair. La vraie compétition du TIFF provient de Cannes, Berlin, Venise, etc. Les plus grandes stars foulent son tapis rouge: Charlize Theron, Johnny Depp, Nicole Kidman, Madonna (photo de droit, en compagnie de son mari Guy Ritchie ©PC), Gwyneth Paltrow... Et Toronto se classe au troisième rang des occasions d'affaires dans le monde du cinéma, juste derrière Cannes et l'American Film Market.

Des pommes et des oranges
«Je pense que comparer Montréal et Toronto revient à comparer des pommes et des oranges», résume M. Handling.

Ou un melon d'eau et un raisin. Toronto ouvre les portes d'un marché anglophone de 300 millions de cinéphiles. Le marché francophone, visé par les festivals de films montréalais, en compte moins de six millions.

«Le Festival des films du monde (créé un an après celui de Toronto) s'est trouvé une niche, affirme le président. Il s'oriente vers les films internationaux qui n'auront pas de visibilité au sein d'autres festivals majeurs. Alors que notre matériel couvre tous les aspects de l'industrie.»

Quelle est la recette miracle de Toronto? L'an dernier, le Festival du film de Toronto a attiré deux fois plus de cinéphiles (305 000) que le Festival des films du monde de Montréal (FFM). Un succès qui n'a rien du hasard, selon Piers Handling.


Le public du festival de Toronto est composé d'une masse critique d'étudiants de 18 à 25 ans, le pain et le beurre des salles de cinéma et le public-cible des distributeurs. Pour leur part, les fans du FFM sont fidèles, mais vieillissants.

De nombreux distributeurs apprécient que le TIFF n'ait pas de jury ou de compétition officielle, contrairement à Cannes ou Montréal, par exemple.

«Les distributeurs ne veulent pas envoyer leurs films dans un festival majeur (et compétitif) pour en revenir les mains vides, explique Piers Handling. Ça donne l'impression, étrange mais réelle, que leur film est un perdant.»

Un public de cobayes
Avec le temps, le large public torontois est devenu une sorte de cobaye pour des productions américaines dites «risquées» ou «alternatives», selon le président. Avec des résultats parfois spectaculaires.

Prenez le méga-hit American Beauty (mettant entre autres en vedette Annette Bening, photo de gauche ©PC). Son producteur, Dreamworks, ne savait pas du tout comment le public et la presse réagiraient à cette version révisée et quelque peu étrange du rêve américain. Il se questionnait. Quel budget consacrer à sa promotion? Quel public viser?

En septembre 1999, le TIFF présentait la première mondiale d'American Beauty. Le succès retentissant de la première a été déterminant. «C'était un élément clé qui a déterminé la façon dont le film serait distribué et positionné dans la course aux Oscars», explique M. Handling.

American Beauty remportait cinq Oscars cinq mois plus tard et un box-office de 130 millions neuf mois plus tard.

L'embarras du choix
Aujourd'hui, ce sont les producteurs qui demandent à présenter la première de leurs films au TIFF. «On n'a plus à les solliciter. Ils viennent à nous», affirme le président.

Toronto a l'embarras du choix. Il a refusé plus de 3000 films l'an dernier avant d'en retenir 335. Quatre-vingt pour cent des longs-métrages de sa programmation étaient des premières mondiales ou nord-américaines, un pourcentage deux fois plus élevé que celui du festival de Serge Losique (80 premières sur 180 longs-métrages).

Serge Losique n'a pas donné suite à notre demande d'entrevue.

Le FFM aura lieu du 24 août au 4 septembre prochains. Alors que le TIFF se tiendra juste après, du 7 au 16 septembre 2006.

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