Le Festival des films du monde de Montréal (FFM) n'a rien à envier au Festival international du film de Toronto selon sa plus célèbre jurée, Kathy Bates.
«Les films sont de très grandes qualités», a indiqué hier l'actrice Kathy Bates, qui en était à sa quatrième journée de visionnement. Elle affirme avoir eu «plus d'un» coup de coeur jusqu'à maintenant.
Elle-même «ne comprend pas pourquoi» autant de vedettes hollywoodiennes débarquent au festival de Toronto sans aller à celui de Montréal. Les deux sont pourtant très connus de l'industrie à Los Angeles, selon elle.
«Le festival de Toronto est perçu comme commercial, alors que celui de Montréal traite davantage de l'art de faire du cinéma», dit-elle, confortablement assise en Indien, les pieds nus, sur un sofa moelleux.
Les pieds nus
La vedette de Dolores Claiborne et de About Schmidt a reçu Le Journal de Montréal dans sa suite du 10e étage de l'hôtel Hyatt, à deux pas du site du FFM, rue Sainte-Catherine.
Elle corrigeait, hier, ceux qui avaient l'impression de la voir souvent au grand écran: ça fait un an qu'elle n'a rien tourné. «Il n'y a pas assez de rôles pour les femmes de tout âge», déplore celle qui a réalisé cinq épisodes de la télésérie Six Feet Under.
Comment l'explique-t-elle ? «Euh... attends que j'y pense: parce que les hommes mènent le monde!» ironise-t-elle, avant d'expliquer plus sérieusement: «Il n'y a pas autant de femmes réalisatrices et de femmes scénaristes.»
Deux rôles
Ses 12 mois de disette prendront fin dans quelques semaines. L'actrice se rendra en Angleterre pour jouer la mère du Père Noël dans la comédie Fred Claus. Suivra le tournage de PS I Love You avec Hilary Swank en 2007.
Elle se prépare déjà pour ces rôles entre ses quatre à six heures de visionnements quotidiens au FFM.
Mais l'actrice aimerait assurément avoir davantage de rôles à se mettre sous la dent. Les bons scripts sont plutôt rares à Hollywood, surtout lorsqu'on n'a plus 20 ans. «C'est une industrie basée sur la jeunesse, la beauté et le sexe», déplore l'actrice, qui a fêté ses 58 ans en juin.
La chirurgie esthétique, ce n'est pas pour elle, à moins qu'un jour elle ne se sente «mal à l'aise devant la caméra», ce qui n'est pas le cas.
À contre-courant, ses courbes généreuses et ses cheveux gris très courts lui ont en quelque sorte porté chance. «D'une certaine façon, mon image m'a donné l'avantage de ne pas être en compétition avec toutes ces actrices glamour», constate-t-elle aujourd'hui.
Elle attribue aussi à la chance une bonne part de son succès, même s'il lui a valu un Oscar reconnaissant son jeu dans Misery, en 1991.
Quinze années plus tard, le personnage effroyable d'Annie Wilkes lui colle encore à la peau... pour le meilleur et pour le pire. «J'entends encore des oh! il faut que je surveille mes chevilles quand je croise des hommes dans la rue... soupire l'actrice en levant les yeux au ciel. Mais ce n'est pas cher payé», ajoute-t-elle aussitôt, résignée et sans rancune.
Le FFM terminé, Kathy Bates ira à son tour rejoindre les grosses pointures au Festival international du film de Toronto. Elle y présentera son dernier long métrage, Bonneville, où elle joue aux côtés de Jessica Lange et de Joan Allen.
Elle aura, dans sa valise, un souvenir de Montréal: une nouvelle grammaire de la langue française, achetée au Chapters de la rue Sainte-Catherine, après une visite chez Ogilvy et Holt Renfrew.